The exotic garden of Asia : Yangon

Le jardin secret de l’Asie

1Centre-ville de Yangon. Crédit: Andrew Rowat

Fascinante et imprévisible. Voici les deux mots qui viennent à l’esprit lorsque que l’on traverse l’ancienne capitale du Myanmar pour se rendre au travail chaque jour. Le Yangon de 2015 (anciennement Rangoon) serait presque un passage obligé pour tout voyageur en Asie, friand d’histoire, d’authenticité mais également d’aventureuses excursions et d’étonnement, là où la plupart des grandes capitales de la région se sont déjà ‘’Bangkokisées’’.

L’imprévisible avenir d’une future ville champignon?

Redessinée et dynamisée depuis le XIXème siècle lorsqu’elle fut intronisée officiellement capitale de tout le pays lors de la domination britannique, Yangon est toujours restée depuis cette époque le cœur économique et avant-gardiste du pays, et ceci même si la ville a perdu depuis 2006 son statut de capitale au profit de Naypyidaw, ville impressionnante totalement sortie de terre en pleine nature au centre du pays. Un statut qui devrait logiquement faire prendre à la ville la voie déjà empruntée par de nombreuses villes asiatiques, c’est-à-dire un développement rapide et l’hyper-urbanisation.

Chaque jour, il est possible de remarquer de nouvelles zones de construction, prochainement un nouveau centre des affaires énorme (toujours en construction) qui coûterait presque 500 millions de dollars à deux pas du célèbre lac Inya, une banque, un hôtel, bientôt de superbes résidences privées aux panneaux publicitaires laissant rêveur et affichant un gigantisme qui laisse songeur. Cette ville en chantier est d’ailleurs particulièrement impressionnante durant la saison des pluies, la ville devenant assez sale et anarchique.

Car Yangon comme le pays tout entier vit une période importante, après des décennies d’isolement avec l’une des plus durables des dictatures militaires. Yangon est sur la voie de la libéralisation; une vague spéculative balaie en ce moment même la ville. Depuis 2010, les loyers des bureaux ont été multipliés par 8; les loyers des quartiers résidentiels de 50%. Pendant ce temps, un afflux de touristes a suscité un boom de la construction de l’hôtellerie. En 2012, les arrivées internationales à l’aéroport de Yangon ont dépassé officiellement le million de voyageurs, ces chiffres ont fortement augmenté depuis.

Même si l’armée a cédé le pouvoir politique pour un régime civil, cela ne signifie pas que ses ex-dirigeants aient l’intention de céder le pouvoir économique, celui-ci qui en dehors de l’exploitation des nombreuses richesses naturelles du pays, commence à grossir à travers Yangon. Cette question est particulièrement intéressante dans la mesure où l’ouverture progressive du pays attire de nombreux investisseurs étrangers et surtout le retour d’une certaine élite, qui avait choisi l’exil quelques décennies auparavant et partit étudier et travailler à l’étranger, comme à Singapour, en Thaïlande, en Europe ou en Amérique du Nord. Maintenant, celle-ci est de retour à Yangon, avec la ferme intention de prospérer et d’appliquer l’expertise acquise à l’étranger. Ceci est facilement vérifiable en fréquentant les milieux d’affaires ou les événements de la nuit Yangonite, où il est facile de rencontrer beaucoup de jeunes gens (et moins jeunes bien-sûr) qui ont passé du temps à l’étranger, surtout en Thaïlande, Australie et aux Etats-Unis et qui sont particulièrement dynamiques dans l’ouverture de nouveaux établissements en tout genre ici. Pas certain que ces deux parties supporteront longtemps l’influence encore intense de l’ancienne junte si le pays s’ouvre totalement dans le futur.

Cet avenir imprévisible est perceptible également à travers un énorme défi de gestion de la démographie et des infrastructures pour une ville qui n’a que très peu d’expérience avec la planification urbaine, la dernière remontant à la période coloniale britannique.

En 1998, la population de la ville était de 2,5 millions, elle est maintenant de presque 5 millions, et en 2040, les prévisionsannoncent11,7 millions. A moins de remarquables efforts de la part d’urbanistes, le fort développement de la ville laisse craindre le développement de nombreux bidonvilles. Difficile également de protéger le patrimoine architectural fantastique de cette ville. Ce défi démographique devra également amener les acteurs majeurs de la ville à s’interroger sur les problématiques liées aux infrastructures de transport et la gestion de la pollution, dans une ville qui a du mal à contrôler la croissance de son parc automobile, très pollueur et composé de grosses cylindrées japonaises et de vieilles voitures et bus datant de plusieurs décennies – les vélos et scooters n’étant officiellement pas autorisés de circuler sur les principales artères de la ville.

 

2Centre-ville de Yangon. Crédit: Andrew Rowat

Coincée entre un modèle de développement à la chinoise où les villes poussent presque toute la nuit et le devoir de préserver un riche patrimoine et une vie locale fascinante, Yangon devra donc faire les bons choix pour son futur.

Mais pour le moment, seulement les grands hôtels viennent taquiner le ciel et Yangon semble encore loin des flux tentaculaires et cauchemardesques de voitures de sa voisine Bangkok, ce qui permet au voyageur d’aujourd’hui de découvrir une ville fascinante, qui sur bien des points a conservé une authenticité et simplicité rare.

Le jardin secret de l’Asie

Le surnom de ‘’jardin secret de l’Asie’’ donné à la ville n’est pas du tout exagéré. Car pour ceux qui ont eu la chance d’y passer du temps, comment imaginer Yangon se transformer en une nouvelle Bangkok? Dynamique, la ville l’est aussi dans son patrimoine, sa vie locale et culturelle. Majoritairement bouddhiste, à plus de 80%, la ville abrite également de nombreuses autres communautés religieuses, qui ont chacune prospéré et apporté leur richesse et leur histoire à la ville au cours des derniers siècles. On retrouve ainsi une forte communauté musulmane; chrétienne de toutes les branches; mais également hindouiste, juive, animiste, ou vénérant les esprits etc… Ce brassage religieux est également un brassage éthnique. Effectivement de nombreuses communautés se mêlent: les nombreuses éthnies birmanes, la communauté chinoise, indienne, thai, Bengali, la petite communauté d’expatriés occidentaux etc… Un mélange qui donne à la ville une atmosphère particulièrement intéressante. Cette diversité et ce patrimoine se traduit par la présence de nombreux lieux de cultes à travers la ville. La majestueuse pagode Shwedagon en est le symbole. Situé sur la colline de Singuttara, ce lieu saint bouddhiste est le premier centre religieux du Myanmar et selon la légende, il contient des reliques de quatre anciens Bouddhas, dont ceux du Bouddha Gautama. De nombreux monastères, temples, mosquées, églises ou synagogues sont également disséminés dans la ville

3PagodeShwedagon. Crédit: LéoRonco

4Mosquée Mogul Shah Jaamay Masjid, Yangon. Crédit: Easia Travel

 5Un des temples hindous du centre-ville de Yangon. Crédit: Easia Travel

 La ferveur religieuse dans la ville est facilement perceptible et donne lieux à d’intenses festivités, la plus marquante pour les visiteurs étrangers restant la fête de l’eau courant avril, un événement majeur bouddhiste durant lequel les amateurs d’eau ne sont pas en reste.

6Festival de l’eau à Yangon. Crédit: Easia Travel

Enfin malgré la rapide modernisation qui semble frapper aux portes, une grande partie de la ville est restée épargnée et a conservé son atmosphère coloniale et authentique. Le centre-ville en est la preuve absolue, avec ses bâtiments coloniaux, ses rues planifiées et numérotées, aux nombreux petits commerces, restaurants, bars et marchés de rue, ouverts jusque tard dans la nuit dans le Chinatown essentiellement. De plus, de nombreux courants artistique sainsique de nouveaux lieux branchés et alternatifs ont émergé depuis plusieurs années, donnant à la ville un côté un peu ‘’underground’’ très apprécié.

 7Façades d’une des rues du centre-ville de Yangon. Crédit: Easia Travel 

819th street à Chinatown. Crédit: Easia Travel

 9Street Book shop au centre-ville de Yangon. Crédit: Easia Travel

La ville est également très bien fournie en parcs, grands lacs comme le lac Inya ou Kandawgyi, véritable bouffée d’air qui le temps d’un tour fait oublier la vie stressante de la ville. Beaucoup de quartiers de Yangon ont également gardé un aspect traditionnel et local, presque aux allures de campagne parfois (surtout au sud de la ville, près du delta et des mangroves, à Dhala), qui n’est honnêtement pas désagréable. La gentillesse et l’hospitalité des birmans faisant le reste, il est possible d’en apprendre énormément sur leur mode de vie, et de découvrir ce fascinant jardin secret de l’Asie qu’est Yangon.

10 Parc Mahabandoola, Yangon. Crédit: Easia Travel

13Quartier de Dhala, Yangon. Crédit: Easia Travel

14Quartier de Dhala, Yangon. Crédit: Easia Travel

15Quartier de Dhala, Yangon. Crédit: Easia Travel

 Auteur & Voyageur : Léo Ronco

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